Aux premières heures du jour, quand le silence précède encore les pas des promeneurs et le souffle du vent dans les arbres, la lumière s’étend — douce, presque intérieure. Les arbres, (du CPN au parc Sainte-Marie, des berges des étangs à celles de la Moselle et de la Meurthe (Pont-à-Mousson, Liverdun, Saint-Nicolas-de-Port, Bayon…), deviennent les gardiens de ces instants suspendus, silhouettes patientes, ancrées parfois dans la brume.

Pour aborder ces lieux tout autour de Nancy,j’ai tenté d’adopter ce regard dont parle Bernard Noël : « Le passant s’est assis, il a l’impression d’écouter l’espace avec ses yeux. » Cette écoute silencieuse m’a guidée le long des rivières, dans cette lente traversée entre l’éveil du jour et la mémoire du paysage, sur les chemins effacés de cartes postales anciennes, la Moselle et la Meurthe deviennent alors miroirs où le regard se glisse.

Né d’une résidence de création menée avec la NOP Galerie au CPN de Laxou, ce travail suit les traces visibles des cours d’eau autant que celles, plus souterraines, d’ images anciennes. Il cherche les résonances entre ce qui demeure et ce qui s’efface : la lenteur du matin, le murmure de l’eau, les silhouettes des arbres, la lumière posée avec précaution sur le monde.

Aux abords des rivages, il ne s’agissait pas de documenter, mais d’écouter  » l’espace avec ses yeux » : d’approcher la matière silencieuse du lieu, de laisser le regard éprouver ce que la mémoire retient encore du passage du temps.